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Lettre ouverte d'auteurs Casterman à Antoine Gallimard et sa réponse

Publié le par Airhesse

Après les propos d'Antoine Gallimard (repreneur du groupe Flammarion en septembre) le 6 juin dernier dans "Les Echos" où il évoquait la possibilité de vendre Casterman et la démission récente de Louis Delas, directeur général de Casterman, certains auteurs de Casterman, inquiets, ont adressé une lettre ouverte à Antoine Gallimard intitulée "Sans auteurs, pas d'éditeur !".

Auteurs Casterman

Ci-après : la lettre des auteurs et la réponse d'Antoine Gallimard.

La lettre des auteurs :

Sans auteurs, pas d'éditeur !

Lettre ouverte à Antoine Gallimard.

Monsieur, Nous, auteurs des Éditions Casterman, avions accueilli avec intérêt, voici quelques mois, l’idée d’un rachat de Flammarion/Casterman par Gallimard. Cette solution, venant d’un éditeur respectable, ne pouvait que nous séduire.

Le 6 juin, c’est avec beaucoup d’inquiétude que nous avons découvert dans “Les Échos” votre déclaration annonçant que, même si Casterman était “un joli joyau”, Gallimard pourrait être contraint, “dans un contexte de crise”, de le vendre pour faire face à ses échéances.

Pendant les semaines et les mois qui ont suivi, rien n’a été fait pour nous rassurer. Aucun contact n’a été pris avec nous, ni individuellement ni collectivement. Aucun projet éditorial ne nous a été présenté.

Le 8 novembre, nous avons appris brutalement, et avec consternation, par une dépêche AFP, la démission de Louis Delas et la situation qui l’y avait contraint. Depuis plus de douze ans, il était l’artisan du redressement et du développement de la maison Casterman. Chacun de nous avait appris à lui faire confiance, ainsi qu’aux équipes qu’il avait su réunir autour de lui.

Aujourd’hui, devant le mépris dont les auteurs Casterman font l’objet de votre part, nous avons le triste sentiment d’avoir été instrumentalisés en vue d’un transfert purement capitalistique. Nous n’avons, ni l’envie de nous compromettre dans un projet qui ne nous ressemble pas, ni l’intention de servir de “vaches à lait” à une quelconque trésorerie.

Si par hasard vous avez oublié que sans auteurs, il n’y a pas d'éditeur, nous vous le rappelons aujourd'hui. Et c'est sous d'autres cieux éditoriaux plus amicaux que certains d’entre nous publieront sans doute leurs prochains albums.

À moins que…

Enki Bilal, Jean-François et Maryse Charles, Didier Comes, Philippe Geluck, Dominique Grange, Benjamin Legrand, Régis Loisel, Jacques de Loustal, Franck Margerin, Benoît Peeters, François Schuiten, Fanny Rodwell (Ayant droits d'Hergé), Benoît Sokal, Jacques Tardi, Patrizia Zanotti (Cong/Ayant droits d'Hugo Pratt)...

La réponse d'Antoine Gallimard :

Chers auteurs,

Vous m'avez adressé une lettre publique où vous laissez entendre que l'éditeur de littérature que je suis n'est qu'un entrepreneur cynique et inattentif à vos préoccupations. Moi qui ai toujours été du côté des écrivains et connais leur sensibilité, je ne me reconnais pas dans cette caricature.

Reprenons simplement les faits dans le bon ordre.

Si je me suis engagé dans le rachat du groupe Flammarion, c'était bien aussi pour conforter la place de Casterman, et donc cette des auteurs, parmi les éditeurs de bandes dessinées. J'y ai consacré toute mon énergie pendant neuf mois, jusqu'à ce que l'affaire soit signée le 5 septembre dernier, il y a tout juste deux mois.

Une proposition m'a été faite par l'Ecole des Loisirs, propriété de la famille Delas, de racheter la moitié des parts de Casterman. Ce projet était motivé par le souhait de Louis Delas de conserver la direction de Casterman, tout en prenant la présidence et la direction de son groupe familial. Il s'agissait donc d'abord, pour Louis Delas, de résoudre un problème de succession, étant appelé de longue date à prendre la suite de son père à la tête de l'Ecole des Loisirs. Je n'accepte pas de porter la responsabilité de la décision de Louis Delas de rejoindre le groupe de son père. Cette décision était prise depuis longtemps.

Vous me reprochez de ne pas être venu vers vous plus tôt pour vous rassurer sur le devenir de Casterman. Mais c'est précisément par respect pour la direction éditoriale de Casterman, et donc de Louis Delas, que je me suis abstenu de le faire.

Je sais l'importance de la création éditoriale dans le secteur de la bande dessinée. C'est du reste ce qui m'a motivé de reprendre Futuropolis et à créer un secteur de band dessinée chez Gallimard Jeunesse, notamment avec "Bayou". Riche de cette expérience, je souhaite continuer avec vous tous à faire vivre cette maison, qui est autant la mienne que la vôtre.

Bien sincèrement.

Antoine Gallimard

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